Le blog de Daniel MARSIN, Sénateur de la Guadeloupe, Ancien Maire des Abymes et Ancien Député

DECLARATION DE DANIEL MARSIN

Monsieur le Président du Congrès, Monsieur le Président du Conseil Régional, Mes chers collègues, Mesdames et messieurs en vos grades et qualités, Mes chers (es) compatriotes,

Je voudrais avant toute chose, Monsieur le Président vous remercier pour votre invitation. Mais, je dois vous dire aussi qu'en prenant connaissance du thème de ce Congrès, je me suis fortement interrogé sur son fondement et son opportunité; et, in fine, sur l'utilité de ma présence. Et puis, je me suis dit qu'à chaque fois que des élus et responsables guadeloupéens se retrouvent ensemble pour discuter de la Guadeloupe, c'est, somme toute, une bonne chose!

Je vous disais que je m'étais d'abord interrogé sur le fondement. Il est vrai que pendant 44 jours, de janvier à mars 2009, la Guadeloupe a été secouée par une crise sociale d'une extrême gravité et d'une ampleur sans précédent, qui s'est terminée par un compromis de sortie de crise communément appelé "Accord Bino" .

A mon sens, il me semble de la première priorité et urgence de veiller d'une part, à ce que ce compromis fragile puisse être mis en oeuvre rapidement et pérennisé au cours des trois années qui viennent et, d'autre part,  à ce que soit organisée la transition en douceur entre ce dispositif de fortune et un fonctionnement plus régulier, plus normalisé de l'économie et de la société guadeloupéennes.

Mais au delà de cet accord, il me semble également que nous devons tous avoir clairement conscience que cette crise a pris sa source dans les carences et dysfonctionnements politiques et administratifs qui gangrènent depuis trop longtemps notre société et qui sont devenus insupportables pour nos concitoyens, en particulier ceux qui n'ont pas la chance d'être les protégés du système. Il ne faut donc pas se cacher la face et ne pas reconnaître que, parmi ces carences et dysfonctionnements, il y a:

    - Le laxisme pathologique de l'Administration dans des domaines clés comme la formation des prix, les conditions d'une saine concurrence, l'application du droit social, etc ...

    - La surdité persistante des pouvoirs publics nationaux face aux messages d'alerte qu nous, parlementaires, nous ne cessons d'envoyer sur les conditions de vie et l'exaspération des catégories sociales les plus défavorisées de notre peuple, en particuliers les smicards, les personnes âgées et/ou handicapées, les jeunes et j'en passe.

   Mais aussi et surtout:

     - L'absence d'orientation, d'objectifs et de choix clairs dans les politiques publiques conduites localement et donc leur inefficacité sociale;

     - L'absence de perspectives pour la jeunesse qui sombre dans la désespérance;

     - l'absence de choix et d'actions visant à préserver durablement l'avenir de notre archipel de territoires;

     - Les dérives dans le fonctionnement et la tarification des services publics locaux.

Tout cela, on l'a vu, a crée une grande méfiance de nos concitoyens à l'égard de tous les pouvoirs et provoqué une grave crise de confiance entre la population et les élus.

Face à un tel tableau, le Président de la République a décidé de revisiter sa politique en Outre-mer, singulièrement dans les Départements-Régions comme chez nous, et, à cette fin, a déclenché ce qu'il a lui-même denommé les "Etats Généraux de l'Outre-mer".

A mon sens, cette appellation est impropre, par les limites mêmes imposées à l'exercice, mais il ne me semble pas utile de s'enfermer dans une querelle sémantique tant le reste est important.

Ce que je retiens, c'est que le Président de la République a souhaité mettre à plat 8 domaines majeurs:

     - Les Prix et le Pouvoir d'achat;
     - Les conditions d'un Développement endogène;
     - Le Développement durable (et les grands projets structurants);
     - Le Dialogue social et la Formation professionnelle;
     - La Gouvernance;
     - L'Insertion des jeunes;
     - La question Identitaire.

Ces travaux sont en cours jusqu'en septembre et sur la base des rapports qui seront produits, le Président s'est engagé à réunir un Comité Ministériel dédié pour arrêter, dès octobre, des décisions d'envergure destinées à changer la donne dans ces domaines, corriger le cours des choses. L'avenir nous édifiera sur la portée et la traduction de cet engagement.

Il convient par ailleurs de souligner que l'Assemblée Nationale a commandité une mission sur la formation des prix du Carburant tandis que le Sénat a mis en place Une Grande Mission d'Information sur la Situation dans les Départements d' Outre-mer, dont je suis l'un des Vice-Présidents, et qui doit évaluer la situation financières des Collectivités Locales, la Continuité Territoriale, L'Insertion Régionale, Les politiques en faveur de la jeunesse, Les enjeux et atouts de l'Environnement et, bien entendu, l'Efficacité des Politiques Publiques.

Avec ces démarches, certes tardives, mais pertinentes et complémentaires, on peut espérer:

     - d'une part, que nous serons mieux compris et entendus dans nos revendications et propositions ;
     - d'autre part, que la donne changera réellement, si je m'en tiens aux propos du Président de la République Lundi dernier au Congrès du parlement à Versailles.

Je voudrais enfin, à ce stade, souligner que, si, en prenant ces initiatives, le Président de la République et le Parlement sont dans toute leur légitimité, il faut néanmoins admettre que la plupart des domaines qui seront visités relèvent de la Responsabilité locale qui, à l'évidence, a été défaillante; c'est le cas, notamment, en ce qui concerne:

     - Les productions locales et le développement endogène;
     - Le développement durable;
     - La formation professionnelle;
     - L'Intégration Caraïbe;
     - L'Insertion des jeunes; ou encore ...
     - La Culture;

autant de domaines de nos compétences locales dans lesquels, il faut le reconnaître, nos Assemblées n'ont pas brillé par la pertinence et l'efficacité des politiques conduites.

Comment, dès lors, situer les travaux de ce Congrès des élus départementaux et régionaux de la Guadeloupe?

Tout d'abord, je veux dire les choses telles que je les pense: un tel chantier ,ici et maintenant , est inopportun et sort de champ de compétences du Congrès !

Inopportun d'abord: Les guadeloupéens ne comprendront plus rien ! Ils sont sollicités de façon pressante à participer aux Etats Généraux où ils sont supposés donner sérieusement leurs avis dans l'espoir de voir l'Etat élaborer un plan d'actions destinés à changer le cours des choses.; processus qui doit connaître son aboutissement avant la fin de l'année avec les dispositions réglementaires et législatives qui seront décidées par le Gouvernement et le Parlement. Comment donc dire dès aujourd'hui aux guadeloupéens qu'ils n'auront sans doute pas assez réfléchi dans le cadre des Etats Généraux  et qu'il faudra entreprendre tout de suite un autre exercice? Cela ne parait pas des plus convenables!

D'autre part, sur des sujets aussi majeurs, pourra t-on réfléchir sérieusement et sereinement pendant la campagne électorale des régionales qui, à n'en pas douter, sera lancée dès le mois d'octobre prochain? D'autant plus, que la démarche proposée envisage des actions fortes de communication! Au profit de qui et peut-on accepter le risque de vicier, de déséquilibrer le débat démocratique? Sans parler de la gigantesque cacophonie qui en résulterait !

Et, puisqu'il est question d'élections, sur la base de quoi demandera t-on aux guadeloupéens de fonder leur choix puisque, si je comprends bien la démarche proposée, "l'unique" projet de développement économique de la Guadeloupe sera en chantier pour 18 à 36 mois ? En clair, malgré le profond malaise révélé par le mouvement LKP et  la grande méfiance exprimée par une large fraction de la population, on recommence comme avant et on se propose de mettre à la tête de la Région, une fois de plus, des équipes sans orientations sérieuses affichées, sans projets, sans programme. A mon avis, c'est plus que grave!!!

J'en viens maintenant à la compétence du Congrès.

Monsieur le Président, vous avez bien voulu nous communiquer, dans le dossier qui nous a été remis, le texte qui régit le Congrès et j'y lis : "Le Congrès des élus départementaux et régionaux délibère de toute proposition d'évolution institutionnelle, de toute proposition relative à de nouveaux transferts de compétences de l'Etat vers le Département et la Région concernés, ainsi que de toute modification de la répartition des compétences entre ces collectivités locales".

Comme vous le voyez, Monsieur le Président, mes chers collègues, à l'évidence, il n'est ni de la responsabilité, ni de la compétence du Congrès d'élaborer "un projet de société", c'est-à-dire un projet de développement économique, social, culturel, .... pour la Guadeloupe ! Son rôle est limité à ce qui nécessite un large consensus et, surtout l'assentiment clair du peuple, c'est-à-dire l'évolution institutionnelle ou statutaire. Si c'est de cela qu'il s'agit, alors disons-le franchement et, sans détours, sans faux semblants, mettons nous au travail, tous ensemble, pour être au rendez-vous de la réforme des Collectivités Territoriales qui sera très prochainement à l'ordre du jour du Gouvernement et du Parlement.

Pour le reste, le projet de développement économique, social, culturel et autres, c'est une question de vision et de philosophie politique; c'est donc l'affaire des partis et autres mouvements ou groupements politiques qui devront, à l'occasion des élections à venir dans 9 mois, si on les maintient, confronter devant le peuple leurs orientations, projets et programmes dans la perspective de l'exercice des responsabilités régionales qu'ils sollicitent. Et, ainsi, le peuple tranchera démocratiquement, en toute connaissance de cause!

Oui, Monsieur le Président, mes chers collègues, vous comprenez pourquoi, sincèrement, je considère que la thématique de ce Congrès est soit inappropriée, soit pas assez claire et précise.

Travaillons franchement, en toute clarté, la question de la Gouvernance, déjà en débat dans le cadre des Etats Généraux, et créons les conditions pour soumettre au plus tôt au Gouvernement la solution qui aura la préférence du peuple.

Mais en attendant l'aboutissement de ce chantier si particulier, majeur et sensible, ne privons pas notre peuple du vrai débat démocratique dont il a droit dans les 6mois qui précéderont les régionales, sous le prétexte qu'un hypothétique projet de société, qui mettrait tout le monde d'accord, serait en cours d'élaboration. Dans une Démocratie, il ne peux y avoir un seul projet; ce n'est pas souhaitable, ce serait même dangéreux !

Je vous remercie de m'avoir écouté.


 





Sam 27 jun 2009 Aucun commentaire