Lundi 28 mai 2007
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Un devoir de mémoire partagée
On ne peut étudier le commerce triangulaire avec un maximum de pertinence qu’en
réunissant les recherches des trois pôles dans une vision partagée de cette histoire commune.
Il n’y a pas trois vérités historiques, une qui serait européenne, une autre antillaise et une
troisième, africaine.
La Ville des Abymes, avec ses moyens limités, ambitionne de promouvoir
cette vision partagée, en aidant à la rencontre des chercheurs. Je dirai que pour étudier la Traite, il faut un traitement
tripartite, et dans une partie de notre mémoire, encore douloureuse, je dirai que, comme c’est le cas pour une maladie grave qui nous concerne directement aux Antilles et en Afrique,
qu’il faut mettre en œuvre une tri-thérapie.
L'Enseignement de Monsieur Augustin Senghor, c’est, dans cette affaire, le caractère fondamental
du respect et de la solidarité.
Nous devons savoir, ensemble, faire d’une certaine
manière le deuil de l’esclavage. Et la commémoration n’interdit pas de faire le deuil. Au contraire. Car la mémoire que l’on doit préserver, n’a pas vocation à
entretenir le ressentiment, au contraire.
Connaître, partager cette connaissance, c’est ce qui permet d’aller de l’avant, de surmonter les
antagonismes et de bâtir le socle à partir duquel on peut construire ensemble.
Le respect de l’autre, c’est ne pas l’accabler pour les fautes qui ont été
commises par ses ancêtres, ce d’ailleurs à quoi il ne peut plus rien changer.
Et lorsque le respect mutuel est établi, lorsque cette aptitude à vivre ensemble, à
faire ensemble existe, alors la solidarité peut être mise en œuvre au profit de ceux qui en ont le plus besoin.
Pour parvenir à ce but, il faut obligatoirement passer par un autre enseignement de
Monsieur Senghor et porter « un regard plus éclairé sur le passé en faisant acte de responsabilité ».
Tout est dit. L’enseignement de l’histoire n’est ni neutre , ni passif. Il
faut un acte de volonté pour faire des faits historiques une lecture plus éclairée et c’est un acte de responsabilité pour enclencher le processus qui permet de
parvenir à la respectabilité.
Et j’irai plus loin.
Nous devons encore lutter contre la tentation qui consisterait à faire une lecture
de l’histoire systématiquement opposée à la présentation classique ou ancienne.
Il est impérieux de rétablir nos héros dans leur dignité.
Mais il serait malencontreux de transformer tous les Héros classiques de l’Histoire de France en
anti-héros, et ainsi d’enterrer Victor Schoelcher.
Autre défi, nous devons aussi nous confronter à la réalité africaine de
l’esclavage. Cela signifie qu’une idéalisation de l’Afrique, de notre part, sur un tel sujet, n’a pas plus de pertinence que la diabolisation de
l’Europe.
Dans les deux cas, une vision partagée de l’histoire doit prévaloir.
Enfin, cette histoire commune, il nous faut aussi examiner comment la partager avec nos
cousins de la Caraïbe, francophones ou non.
L’Histoire commune est précisément l’un des ciments possibles de cette coopération
caraïbe que chacun appelle de ses vœux.
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